Chapitre I

Chapitre I
_____Lorsque je m'éveillai, une pourpre pénombre s'offrit à mon regard. C'était cette même pénombre que j'avais laissé quelques heures plutôt tandis que, derrière les volets jalousement fermés de la chambre, s'élevait le soleil, dans toute la majesté que mes souvenirs lui concédaient encore. Enveloppé dans mes draps de nacre, je poussai un soupir, repensant à toutes ces longues, si longues années, où je n'avais plus observé l'astre sublime déposer ses rayons sur la Terre. Quelle triste pensée pour un réveil.

_____Je portai mon attention sur l'horloge grotesque qui se voulait être une réplique des meubles superbes des époques passées. Au vu de l'heure, je déduisis que le soleil était désormais couché. Je me levai donc et m'empressai d'aller ouvrir les fenêtres de cette chambre que j'avais élue mienne depuis quelques jours. Une fraîche brise vint caresser mon visage. Dehors, les gens de la ville s'affairaient. Je m'accoudai un instant et les observai. Marchant parmi les lumières artificielles que déversaient indécemment les panneaux publicitaires ou les façades des magasins, aucun d'eux ne semblait se soucier ou même remarquer que l'horreur de ces éclats criards dissimulait les étoiles. Non, à ce jour, les gens se souciaient bien peu de cela. Ma ville me manquait tant. Visiblement encline à m'inspirer regrets et nostalgie cette nuit, je délaissai les pensées qui se mêlaient au vent froid et me rendis dans la salle de bain afin d'y prendre une douche.

_____Près d'une quinzaine de minutes plus tard, j'annonçai à la charmante réceptionniste de l'hôtel que ma chambre serait libre quelques heures afin que quelqu'un y fasse le ménage, si menu soit-il. Elle acquiesça et me souhaita une bonne soirée tandis que je m'éloignai. Lorsque je sortis de la bâtisse, le bruit de la foule se pressant et se bousculant sur les trottoirs m'assaillit. Celui-ci ne me déplut pas ; il m'accompagnerait durant ma marche, comblant ainsi tant bien que mal une solitude pesante que je ne pouvais nier. Où aller ce soir ? Que faire ? Cherchant du regard quelque chose susceptible de m'offrir une idée, je croisai le regard d'une fillette qui, trottinant aux côtés de sa mère qui marchait trop vite pour elle, me dévisageait sans pudeur. Sûrement était-ce ma pâleur qui l'intriguait. Son innocente curiosité lui valut cependant d'heurter un homme et un livre s'échappa de sous son bras. Elle le ramassa promptement tandis que sa mère et l'étranger échangèrent quelques excuses. Avant de disparaître au coin de la rue, elle se retourna afin me voir une dernière fois. Je lui souris. Le sourire qu'elle me rendit alors insinua en moi quelque timide chaleur qui me laissa oublier quelques secondes le froid qui courrait dans ces rues. Je décidai d'occuper ma nuit avec une lecture.


- Merci mon ami, dis-je à l'homme élégant qui posa face à moi le thé que je lui avais commandé.
Je déposai en échange quelques pièces sur le comptoir sans prendre soin de calculer la somme que cela représentait. Cela ne m'importait que peu.
- Gardez la monnaie, ajoutai-je en me dirigeant vers une table vacante, la tasse de thé en mains.
Je ne comptais aucunement boire ce thé, non pas qu'il m'eût paru mauvais, mais je ne le pouvais simplement pas. La seule raison pour laquelle je l'avais payé était qu'ainsi, je pouvais cultiver l'illusion d'être encore semblable à ceux qui m'entouraient dans ce salon de thé que je trouvais agréable. Probablement y reviendrai-je. Je sortis de la poche de mon manteau le livre que j'avais emprunté, il faut l'avouer, un peu au hasard à la bibliothèque située près de l'hôtel, quelques minutes plutôt : La Divine Comédie de Dante Alighieri. J'ignorai pourquoi, après tant d'années, je ne m'étais jamais intéressé à cet ouvrage. Je tournai délicatement les premières pages de l'½uvre jusqu'à l'ouverture du premier chant.

Quand j'étais au milieu du cours de notre vie,
je me vis entouré d'une sombre forêt,
après avoir perdu le chemin le plus droit.

Ah ! Qu'elle est difficile à peindre avec des mots,
cette forêt sauvage, impénétrable et drue
dont le seul souvenir renouvelle ma peur !

_____Ayant choisi de m'asseoir à la table la plus rapprochée du comptoir, mon attention fut aisément distraite par l'arrivée d'un nouveau client.
- Anita, c'est moi.
Cette agréable voix éveillant ma curiosité, je levai les yeux pour découvrir une charmante créature. Je découvris ses cheveux blonds, dans lesquels se profilait une farouche couleur rousse. Attachés, ils offraient d'admirer un doux visage. Je découvris ses lèvres fines et ses yeux où le marron se mêlait avec une subtile timidité à l'ambre. Assurément, cette jeune femme était charmante.
- Ma petite chérie... Chocolat noir bien mousseux et tarte au citron meringué ?
Une vieille femme s'était approchée, souriante, de l'autre côté du comptoir.
- Evidemment...
- Va t'asseoir, trésor. Daniel va t'apporter tout ça dès que c'est prêt.
- Merci, dit la jeune femme en allant s'asseoir.
Avec toute la discrétion descente qu'il convenait, je la regardai passer devant moi. Sa démarche ma laissa supposer qu'elle n'était pas de ces femmes qui se délectaient de l'intérêt qu'elles pouvaient susciter. Elle cultivait la discrétion. Elle choisit de prendre place sur la table qui se trouvait face à la mienne et ôta son pull dont le bleu était emprunté à celui de la nuit pour le poser sur sa chaise, dévoilant de fait une gracieuse silhouette pâle et effilée, couverte d'une fine robe noire. De même elle posa son sac à main sur la chaise voisine. M'efforçant de m'arracher à ce doux spectacle, je reportai de nouveau mon attention sur les vers de l'auteur italien.

À peine si la mort me semble plus amère.
Mais, pour traiter du bien qui m'y fut découvert,
il me faut raconter les choses que j'ai vues.

Je ne sais plus comment je m'y suis engagé,
car j'étais engourdi par un pesant sommeil,
lorsque je m'écartai du sentier véritable.

_____Bien que ces premiers vers m'intéressèrent, je ne pus m'empêcher de lever à nouveau les yeux vers la jeune femme. Celle-ci glissait un sucre entre ses lèvres, son attention entièrement dédié au livre qu'elle avait, supposai-je, retiré de son sac. Il s'agissait des Métamorphoses d'Ovide. Mon c½ur fit un bond dans ma poitrine lorsque je découvris ce titre. Elle poussa un soupir et posa son livre pour sortir de son sac un cahier sur lequel elle pourrait écrire. Je compris que cette ½uvre n'était pour elle qu'un sujet d'étude. Pour moi, elle était et demeurerait le berceau de souvenirs innombrables. A la vue de ce livre, à la vue de cette femme qui écrivait désormais, il me semblait que ma lecture ne pourrait plus être ce soir. Il me semblait à présent que celle-ci n'aurait su que m'enfermer d'avantage dans ma solitude.

_____La commande de la jeune femme lui fut apportée par Daniel, ce même homme qui m'avait servi. Bien qu'il me tournât le dos je devinai qu'il lui adressa un sourire lorsque celle-ci lui en adressa un en guise de réponse.

_____Ce fut tandis que le serveur s'éloigna que le regard de cette inconnue vint à croiser le mien pour la première fois. Il ne fallu pas plus d'une seconde pour que la beauté de ses yeux ne m'avalent tels des flots enivrants. Je lui souris, et le mince sourire qu'elle avait encore s'élargit légèrement avant qu'elle ne replonge promptement dans ses notes, ses joues perdant quelque peu de leur pâleur. Je posai mes mains de part et d'autre de la tasse encore chaude et laissait mon regard se perdre jusqu'au reflet qui s'y trouvait, immobile. Je repensai à cette enfant qui m'avait souris près d'une heure plus tôt devant l'hôtel. Je repensai au sourire timide de la jeune fille assise en face de moi.

_____Je décidai finalement de ranger mon livre dans mon manteau et me levai de ma chaise. L'inconnue leva la tête en ma direction. Je saisis ma tasse toujours pleine, poussai la chaise sous la table et m'approchai de la jeune fille.

- De nos jours, lui dis-je lorsque j'arrivai à sa hauteur, il demeure rare de rencontrer de jeunes étudiants choisir de pareils lieux pour s'adonner à leurs travaux.
- L'endroit est chaleureux, calme, répondit-elle d'une voix douce néanmoins teintée de timidité.
Je posai la main sur le dossier de la chaise qui demeurait inoccupée et lui demandai si je pouvais prendre place.
- Bien sûr !
- Je vous remercie. N'ayez pas d'inquiétude, je n'ai aucunement l'intention de vous importuner. Vous étudiez cette ½uvre ?
- Je devais mais je crois qu'il est inutile d'insister.
A ces mots, elle referma avec un profond dépit son cahier quelque peu usé et le glissa à l'écart. Elle me tendit alors sa main :
- Aglaé Bellone.
Son initiative ne manqua pas de m'étonner. Mais, par je ne sais quel envoûtement, cela ne la rendit que plus attirante. Esquissant un sourire, je pris délicatement sa main dans la mienne. Je sentis alors sous mes doigts une douceur délicieuse.
- Je me nomme Raphaël. Enchanté de faire votre connaissance.
Je vis alors les joues d'Aglaé prendre quelque couleur tandis qu'imperceptiblement, sa main serra la mienne.
- Vous aimez ?
Sa question me surprit et il me sembla étrange qu'elle puisse être ainsi si directe.
- Pardon, mais de quoi parlez-vous ?
- Des Métamorphoses, répondit-elle précipitamment, comme prenant conscience de ce qu'auraient pu insinuer ses mots.
- Et bien oui, je tiens particulièrement à cette ½uvre. Elle recèle pour moi un nombre assez conséquent de souvenirs... Et vous Aglaé, l'appréciez-vous ?
- J'aime bien les histoires du livre mais le style me dérange. Je préfère le style plus contemporain. J'apprécie les tons coupants, le sarcasme et l'ironie. Je trouve ce genre d'autant plus vrai et bouleversant. La beauté des phrases et du style, amoindrit l'impact, on se concentre plus sur la technique qu'autre chose. Montrez-moi votre livre.
Lentement, je lâchai sa main sans la quitter des yeux. Ses lèvres délicates, son regard sublime et ses joues pâles étaient devenus les seuls objets de mon attention et semblaient convoiter mon désir. Je retirai néanmoins le livre de ma poche et le lui présentai.
- Je connais de nom mais jamais lu, me dit-elle.
- Il en va de même pour moi, je l'ai emprunté ce soir même. Je pourrai vous en parler lorsque j'en aurai lu d'avantage.
- Je viens ici tous les soirs, murmura-t-elle.
Alors que je m'apprêtais à répondre, une silhouette vint se poster près de nous. Je levai les yeux et reconnus le serveur. Il m'adressa un regard furtif et mauvais avant de reporter son attention vers Aglaé.
- Est-ce qu'il y a un problème Aglaé ?
Aglaé, quelque peu décontenancée, laissa son regard s'attarder sur la table, cherchant probablement pourquoi une telle question lui avait été posée. Puis elle remarqua sa tarte demeurée intacte, et son chocolat noir délaissé.
- Non, c'est délicieux, bafouilla-t-elle en glissant un morceau de sa tarte entre ses lèvres, ne t'inquiètes pas. Merci beaucoup Dan.
Avait-elle feint de ne pas comprendre le véritable sens de la question de Daniel ? Je l'ignorais. Mais le serveur pris tout de même congé et sans attendre, la douce Aglaé repoussa son met. Sans que je m'y attende, la jeune femme attrapa ma main droite.
- Votre bague est très belle. Elle est ancienne ?
Mon c½ur se serra à l'évocation de ce bijou.
- Tout à fait, répondis-je néanmoins, elle a longtemps appartenu à une personne qui m'était chère...
- Une s½ur ?
Je sentis dans sa voix que cette question avait simplement pour but de la rassurer alors je choisis de ne pas lui répondre.
- C'est une histoire assez longue et qui, je vous l'avouerais m'est fortement désagréable à narrer.
Elle lâcha ma main, visiblement désolée d'avoir abordé un sujet déplaisant. Mais son sourire timide et charmant demeura. Elle coupa un morceau de sa tarte et la tendit vers moi.
- Vous voulez goûter ?
- Je vous remercie, répondis-je en levant la main en signe de refus.

_____ Une sonnerie s'éleva soudain de son sac à main. Elle s'empressa d'y retirer son téléphone cellulaire. Ma foi, je ne m'y faisais pas, ces appareils électroniques me déplaisaient au plus haut.
- Je suis désolée, dit-elle avec quelque précipitation, j'étais venue ici pour finir un travail avec une amie, mais elle ne peut plus me rejoindre. Je dois aller chez elle sans tarder si je veux qu'on aie une chance de finir.
Elle rassembla toutes ses affaires et se leva. Quelques secondes, elle demeura debout, son regard plongé dans le mien, visiblement navrée.
- Partez demoiselle, lui dis-je avec un sourire, j'espère que nos chemins se recroiseront. Ici même ou ailleurs.
Elle acquiesça et disparu après s'être hatée d'aller régler ce qu'il convenait au comptoir.

_____ Me retrouvant seul à nouveau, je revins vite à me demander que faire. Je ne pouvais plus envisager lire pour cette nuit, je savais que le visage, la voix et le regard de cette belle Aglaé ne quitterait pas mes pensées. il me serait impossible de me concentrer sur ma lecture, aussi intéressante qu'elle puisse être. Je me levais donc, poussai la chaise sous la table, laissant ma tasse pleine sur la table où demeuraient encore les commandes d'Aglaé et sortis du salon les mains dans les poches. Il neigeait. Je décidai sans grande conviction de marcher jusqu'à l'aube. Mon seul désir était désormais de revenir dans ce salon le lendemain. Je relevai le col de ma veste et m'éloignai.

# Gepost op vrijdag 17 april 2009, 18u47

Gewijzigd op maandag 17 augustus 2009, 14u53

Chapitre II

Chapitre II
_____Quand je sortis du salon de thé, je me sentis toute autre. Il me semblait n'avoir jamais eu autant envie de rester, jamais autant eu envie de fuir. J'avais envie de maudire Susan, j'avais envie de la bénir. Je n'avais jamais rien connu d'aussi perturbant, j'étais emplis d'avis absolument contradictoire sur l'étrange entretien que je venais de vivre. J'avais apprécié la tiède douceur de ses doigts, sa voix grave et chaleureuse mais son regard comme centenaire m'avait troublé, mis mal à l'aise, il était l'antithèse de sa voix, il était comme mort. Dehors il neigeait, j'avais froid, je pris le premier bus qui passait et il m'amena directement chez Susan. Une fois chez elle, le temps sembla infini. Je m'ennuyais à mourir mais je restais malgré tout tard pour lui faire plaisir. Je l'aimais trop pour pouvoir la négliger.

_____En rentrant dans mon minuscule appartement, je partis me coucher aussitôt, espérant ainsi que le temps passerait plus vite. J'avais follement envie de le revoir pourtant j'avais peur. Il était trop monstrueusement beau pour moi. J'étais trop merveilleusement banale pour qu'il puisse tenir sa promesse. Il s'ennuyait voilà tout, ce n'était que la conversation d'une soirée, il ne pouvait en être autrement. Les souvenirs de la soirée me revinrent en détail, envahissants et obsédants. Impossible de dormir. Je passais la nuit à réviser mes cours –trouvant les secondes éternelles- et peu avant l'aube je m'écroulais de sommeil, si bien que même mon réveil ne me tira pas de mes draps blancs. Je rêvais de lui, mon rêve n'avait aucun sens et se terminait sur un noir total. Ce fut en fin d'après-midi que je quittais Morphée, ma dernière heure de cours passée. Je me sentis honteuse. Une longue douche plus tard j'étais devant mon placard en train d'hésiter longuement sur le choix de ma tenue (je n'avais pourtant pas tellement le choix). Finalement j'attrapai une robe en mousseline mauve, des escarpins en cuir et enfilait le tout. Je laissais ma chevelure libre et accrochais à mes oreilles des perles pendantes ayant appartenu à ma grand-mère. J'observai un instant, mon reflet dans ma glace ovale, sans vraiment savoir comment me comporter. Je n'avais pas pour habitude d'être coquette. J'arrêtais ce manège me sentant soudainement ridicule, un peu infantile. Dans ma bibliothèque croulant sous les livres, je pris « Mercure » d'Amélie Nothomb puis attrapais une veste en velours noir que j'enfilais tout en sortant.

_____Dehors le soleil déclinait déjà, l'hiver approchait bien que les températures fussent encore exceptionnellement bonnes, la veille pourtant il avait neigé. Le temps était anarchique. J'admirais le dégradé des jaunes, des rouges et des oranges, songeuse. Quand j'arrivais au salon de thé de ma chère Anita, la nuit avait déjà repris ses droits sur le jour. Je m'installais à une petite table ronde en chêne couverte d'une jolie nappe fleurie et retira ma veste pour le poser sur ma chaise. J'étais un peu nerveuse. Daniel vint me faire la conservation tout en prenant ma commande. Il complimenta ma tenue, je ne put que balbutier des remerciements sentant mes joues prendre feu. C'était un bien gentil garçon. Mon chocolat arriva fumant et je trépignai d'impatience.

_____A le désirer autant je me sentis affreusement vulnérable et n'aimais vraiment pas cela. Il était peut-être plus sage ou convenable pour moi d'éviter de venir ici pendant quelque temps jusqu'à ce qu'il ne vienne plus. Mais il entra, affreusement désirable et il fut trop tard pour moi. Sa chemise blanche légèrement entrouverte m'amena à de délicieuse rêverie, j'avais envie qu'il me sert très fort, à me briser les os... Je renversai ma tasse, transformant les fleurs en cendres. Mes doigts seuls furent brûlés par le liquide encore fumant. Il accéléra son pas gardant cependant son calme, s'agenouilla et attrapa mes doigts qu'il essuya délicatement avec une serviette en papier. Il reposa le papier taché sur la table mais garda mes doigts dans les siens. Puis il me regarda dans les yeux n'ayant visiblement aucune gêne à soutenir mon regard, tout le contraire de moi.

- Bonsoir, belle Aglaé.
- C'est glacé... Vous êtes glacé ! m'inquiétai-je soudainement frissonnante.
- La nuit est froide, dehors très chère. Je suis ravi de vous trouver ici de nouveau.

_____J'eus un léger sourire, rasséréné. Brusquement je saisis mon énorme sac et sortis le fin Mercure que je lui avais préparé. Je lui tendit souriante.

- J'ai pris cela pour vous. Ne restez pas ainsi, installez-vous.

_____Raphaël m'écouta et s'installa en face de moi. Il prit le temps de regarder la couverture et le dos du livre avec attention.

- Je vous remercie, dit-il en souriant. Vous me prenez au dépourvu, je me sens honteux, je n'ai rien à vous offrir...

_____Il m'avait l'air un peu embarrassé -je ne voulais pas- mais poursuivit :

- Voilà des années qu'on ne m'a rien offert. Cela me touche.

_____Il replongea son regard si singulier -des saphirs encerclés d'argents- dans le mien sans pour autant lâcher le livre.

- Ce n'est rien. Ce livre raconte...
- Pardon Aglaé, quémanda une voix familière.

_____Je sursautai mais ce n'était que Daniel qui ayant vu l'accident, venait remplacer la nappe par une autre absolument identique nous interrompant sans le vouloir.

- Tu veux quelque chose ?
- Oui, en effet... murmurai-je pour moi-même en fixant rêveusement Raphaël. Vous prenez du café ou peut-être préférez-vous un thé? Quand à moi je reprendrais bien un chocolat, sil te plaît Dan.
- Je vous l'offre c'est la moindre des choses, dit-il avant de se tourner vers Daniel. Merci jeune homme mais je ne prendrais rien ce soir.

_____Daniel ne prit même pas la peine de noter et s'éloigna, la nappe sale sous le bras. J'eus un léger sourire, Raphaël n'était pas si vieux et il semblait saugrenu de qualifier alors Daniel de jeune homme. Puis je tiltais qu'il comptait payer ma consommation de ce soir. Je n'émis aucune protestation malgré le fait que je ne sois pas entièrement d'accord, je m'arrangerais pour payer sans qu'il ne le remarque. Le silence s'installa. Il était si sûre de lui, si confiant et moi j'avais peur de bafouiller, je n'osais parler de peur de dire une quelconque sottise. Il scrutait encore mon regard comme à la recherche du pourquoi de mon silence. Etait-il aussi inquiet et tendu que moi je l'étais ?

- Avez-vous quelque chose de prévu ce soir encore ? finit-il par me demander.
- Non, rien, répondais-je précipitamment manquant de renverser le sucrier. La vaisselle et moi, soupirai-je mi-figue mi-raisin.

_____ Sans prévenir Raphaël se leva , glissa lentement derrière moi, se pencha à mon oreille et me murmura presque hypnotisant:

- Cet endroit n'est que trop étroit et la nuit est belle. Pourquoi ne sortirions-nous pas ?

_____Je me levai soudainement également et lui fis face, le c½ur au bord de l'explosion. Cet être était impossible, il ne cessait de m'embarrasser avec sa flamboyante confiance en lui. Je me sentis idiote de m'effaroucher ainsi, repris contenance et répondit avec calme :

- Pourquoi pas en effet. Sortons.

_____Je lui tournais le dos un instant pour saisir ma veste et eus un soupire inaudible. L'air frais me ferait du bien. J'enfilai ma veste et me tournai de nouveau face à lui, les yeux rivés sur le sol. Quelques secondes plus tard je remarquai sottement qu'il était déjà au comptoir.

# Gepost op vrijdag 17 juli 2009, 16u19

Gewijzigd op maandag 31 augustus 2009, 06u26